L’homologation de sécurité, clé de voute de la mise en conformité LPM

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L’homologation, une démarche de maîtrise des risques sur le SI

Dans le contexte de la Loi de Programmation Militaire (LPM), l’homologation est une procédure obligatoire qui s’applique aux Opérateurs d’Importance Vitale (OIV). Elle permet de maîtriser les enjeux et le niveau de sécurité de chaque Système d’Information d’Importance Vitale (SIIV).

L’homologation est au cœur de la stratégie de mise en conformité LPM, car elle permet de décliner de manière concrète et opérationnelle les règles de la LPM tout en réduisant les risques de sécurité.

L’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) a décrit dans un guide les grandes étapes de l’homologation. Ainsi les étapes majeures d’une homologation sont :

  • La définition de la stratégie d’homologation (document de cadrage décrivant les détails de réalisation de l’homologation)
  • La réalisation d’une analyse de risques sur le SIIV
  • La conduite d’un audit d’homologation
  • La décision d’homologation
  • Le suivi a posteriori de l’homologation

Cette décision doit être prise par l’autorité d’homologation (AH), personne morale portant la responsabilité de l’homologation pour un SIIV. Elle est aidée par la commission d’homologation, groupe d’experts internes chargé de préparer la décision d’homologation.

Les informations nécessaires à la prise de décision sont regroupées dans le dossier d’homologation. Cela permet à la commission d’homologation d’attester la connaissance du niveau de sécurité et d’accepter les risques résiduels. In fine, la commission d’homologation atteste que le niveau de risque est maîtrisé.

Une démarche à éprouver au plus vite sur les SIIV existants

Rétro-homologation : comment homologuer les SIIV déjà en service ?

Dans le cadre d’un SIIV déjà existant, le paradigme de l’homologation est différent, même si les objectifs restent les mêmes. L’analyse de l’existant constitue le point de départ de l’homologation, et la réalisation d’un audit à blanc (ou l’utilisation d’un rapport d’audit précédent) sert d’accélérateur dans la collecte d’information et dans l’identification des risques.

A l’inverse, les mesures de sécurité devront être appliquées sur un historique parfois lourd à transformer. Des mesures compensatoires doivent dès lors être identifiées, priorisées et mises en œuvre

Cette homologation a posteriori, ou rétro-homologation, doit permettre au métier d’assurer une prise en compte exhaustive des risques, et de prioriser les actions pour réduire les risques à un niveau acceptable, en mobilisant les budgets adéquats.

Même s’il est important de définir une procédure d’homologation en capacité de traiter les nouveaux SIIV à venir, ce sont surtout les SIIV existants qui occupent les OIV à l’heure actuelle, et la rétro-homologation est prioritaire.

Adopter une approche projet test & learn

Afin de définir et déployer une procédure d’homologation sur son périmètre LPM, l’OIV peut définir un pilote initial, pour roder et perfectionner le processus, avant de l’industrialiser sur l’ensemble des SIIV.

L’objectif de cette phase pilote est de confronter la méthodologie à la réalité terrain, dans une optique de validation de la démarche et des étapes définies (procédures, interlocuteurs à solliciter, etc.). Cette approche fait ressortir les points de difficultés (SI d’administration, cloisonnement, patch management, …), et permet d’apporter un plan de remédiation concret et réalisable.

Le choix du SIIV pilote est primordial pour pouvoir anticiper les problématiques qui vont être rencontrées. Ainsi, il est préférable de choisir un SIIV pilote représentatif de l’ensemble des autres SIIV (taille moyenne, interactions limitées, etc.).

Démontrer la sécurité apportée par la LPM

Au sein des différents chantiers et projets engendrés par la LPM, celui de l’homologation permet de concrétiser le renforcement effectif de la sécurité. Non seulement en mettant en visibilité la sécurité de manière interne à un haut niveau (DG, autorité d’homologation) et de manière externe (ANSSI, État), mais également en mesurant la réduction des risques exigée (analyse de risques) et réalisée (audit).

La réalisation de l’homologation permet de communiquer sur les risques réels, d’identifier, de sensibiliser et de responsabiliser les acteurs concernés (en particulier la Direction au travers du rôle de l’autorité d’homologation).

L’ensemble des actions de mise en conformité LPM est regroupé dans le dossier d’homologation, et porte une réalité pratique. On y retrouve notamment les constats de sécurité, les points bloquants et un aperçu du degré de complexité de la mise en conformité.

Le dossier d’homologation doit être à la disposition de l’ANSSI. À ce titre, il constitue la vitrine de l’OIV vis-à-vis de la l’ANSSI pour la LPM, et gagne à ne pas être bâclé ! Il doit démontrer les acquis de sécurité et la validation concrète des réponses théoriques de mise en conformité.

Assurer le maintien de la sécurité dans le temps

Créer une dynamique d’homologation

Une homologation ne s’arrête pas lorsque la décision d’homologation est prononcée et le système mis en production. Cette étape ne marque que le commencement du management des risques. Il s’agit par la suite d’animer, de mettre en visibilité et d’assurer un contrôle permanent de la sécurité. L’arrêté précise que l’homologation doit être renouvelée au minimum tous les 3 ans, où lors d’évolutions majeures sur le SIIV, qui remettent en cause le contexte sécurité du SIIV tel que décrit dans l’analyse de risques.

Pour les SIIV existants, il est donc nécessaire de mettre en place un processus pour contrôler et détecter les évolutions du contexte de sécurité du SIIV. Cela doit notamment s’appuyer sur une organisation, par exemple avec un acteur en charge de détecter et d’évaluer ces évolutions de contexte. Il peut notamment établir une liste d’événements déclencheurs (par exemple : changement d’exposition du SIIV, arrivée de prestataires, évolution fonctionnelle du SIIV, modification d’infrastructure ou de gestion opérationnelle) qui servira de base à l’évaluation du besoin de renouvellement.

La mise en place du comité de gouvernance de l’homologation permet d’assurer une animation du processus d’homologation. La mise à jour de la méthodologie d’Intégration de la Sécurité dans les Projets permet de capter les nouveaux projets, d’y appliquer le management des risques dès le début du projet et d’anticiper la mise en conformité d’un SIIV.

Poser un cadre clair et compréhensible pour les propriétaires applicatifs

Les propriétaires applicatifs représentent des acteurs clés dans le maintien de la sécurité et de l’homologation dans le temps. Non seulement car ils possèdent une bonne vision de leur SIIV, mais également car ils en perçoivent les évolutions. S’ils ont « peur » de la LPM, cela peut amener à une mauvaise implémentation de la sécurité. Au contraire, une bonne compréhension des enjeux de la LPM, de l’homologation et de l’amélioration continue est bénéfique pour la sécurité du SIIV.

Il est recommandé de prêter une attention particulière sur l’accompagnement et la sensibilisation des propriétaires applicatifs à la sécurité en général, et à l’homologation en particulier. Dans une démarche gagnant-gagnant, il faut embarquer et fédérer les propriétaires applicatifs pour bonifier la sécurité dans le temps.

L’homologation de sécurité, une démarche permettant d’approfondir la maîtrise des risques dans la durée

Au-delà de la contrainte réglementaire pure, la LPM doit être considérée comme un formidable accélérateur permettant d’approfondir la maitrise des risques au sein de l’Opérateur d’Importance Vitale, depuis les équipes opérationnelles, les propriétaires applicatifs et jusqu’à la Direction.

Après une première étape de mise à niveau et de mesures de réduction des risques sur les SIIV existants, l’enjeu de l’homologation est d’assurer le maintien dans le temps du niveau de sécurité sur le périmètre des SIIV. A ce titre, il est nécessaire d’animer dans le temps les différentes instances, afin de conserver la dynamique initiale.