RGPD, 1 an de travaux, quel bilan en tirer ? (2/2)

Cybersécurité et confiance numérique

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Avril 2016, mai 2018, 2 ans pour se mettre en conformité, et il ne reste déjà plus que 11 mois pour mener les travaux exigés par le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD ou GDPR). Où en sont les grands acteurs concernés, seront-ils conforment d’ici mai 2018 ? Quels sont les chantiers les plus complexes aujourd’hui ? Qu’apprendre des travaux déjà réalisés ?

Notre retour d’expérience s’appuie sur un échantillon correspondant à nos interventions auprès de 20 grands comptes présents internationalement (Banques, Assurances, Transports, Énergie, Services, Grande distribution, etc.) et près de 40 donneurs d’ordre.

Suite à notre premier article sur la charge nécessaire et les principaux chantiers identifiés, revenons sur les budgets et l’année écoulée. 

 

Des budgets en constante augmentation

Le RGPD est un nouveau sujet. La protection de la vie privée ne l’est pas. La Loi Informatique et Libertés existe par exemple depuis 1978. Cet historique a dans un premier temps fait croire (à tort) à un bon niveau de conformité des organisations et limité la crainte d’un risque important de sanctions.

Les programmes ont donc mis du temps à se lancer (souvent pas avant fin 2016 pour de nombreux programmes, réellement au premier semestre 2017 pour les autres) et avec des réserves budgétaires faibles. L’avancement des états des lieux, des analyses d’écarts et de la complexité des mesures à mettre en oeuvre amène nos clients à augmenter régulièrement et très fortement leurs budgets.

Les programmes RGPD se chiffrent aujourd’hui pour de grands groupes internationaux, dans des fourchettes allant de 1 à 5 millions d’euros pour les organisations manipulant un nombre raisonnable de données personnelles et peu mobilisé sur le big data ou le profiling ; jusqu’à des fourchettes entre 20 à 50 millions d’euros lorsque que l’entreprise à plusieurs métiers et de très nombreuses entités/filiales. Pour certains très grands acteurs internationaux, les premiers engagements budgétaires ont même été de plusieurs centaines de millions d’euros, aujourd’hui en cours d’optimisation et de priorisation. Autre facteur de coût, les évolutions en profondeur de multiples applications font grimper rapidement les montants.

Au regard des coûts importants déployés, les directions générales exigent de plus en plus des directions métiers et IT de dé-prioriser d’autres budgets ou de s’appuyer sur les programmes existants pour absorber les chantiers identifiés.

L’impact financier particulièrement important de tels programmes, et la charge nécessaire pour les déployer, implique aujourd’hui que ces programmes revoient le planning initialement envisagé (mai 2018) afin de lisser cette charge et ces budgets dans le temps. Mai 2018, n’est plus une échéance de mise en conformité, mais plutôt la fin de la première étape de la mise en conformité : avoir réalisé les travaux les plus importants à cette date, et disposer d’une feuille de route claire pour la suite.

 

D’ici mai 2018, comment se mettre en conformité efficacement ?

Quelques règles simples sont à suivre afin de réussir sa mise en conformité :

Piloter utile

Construire une structure de pilotage au niveau du siège ou du groupe qui ne vise pas uniquement à exiger et contrôler mais plutôt à proposer des outils opérationnels aux entités pour les aider dans leur mise en conformité et à produire ces outils rapidement afin de ne pas ralentir ou inhiber les initiatives locales. Par exemple : ne pas attendre fin 2017 pour proposer sa méthode PIA.

Identifier et prioriser les traitements à risque

Certains sont faciles à identifier (manipulation de données de santé, gestion de la fraude…) et d’autres nécessitent expertise et une certaine expérience du sujet (comme par exemple les fichiers RH de « jurisprudence interne », théoriquement anonymisés, et en pratique uniquement déidentifiés directement, et donc souvent facilement ré-identifiants).

Ne pas chercher à analyser tous les traitements d’ici mai 2018

 En effet, constituer un inventaire prend du temps, mais analyser les traitements qui le constituent encore plus (à minima 4 à 5 fois plus de temps). Cette analyse, qui nécessite une forte expérience et expertise en data privacy, ne peut être menée exhaustivement d’ici mai 2018 (pour des raisons de coûts, mais également de manque de ressources sachantes à même de les mener). Il convient donc d’analyser les traitements les plus à risques dans un premier temps (20 à 30% des traitements) et de disposer d’une feuille de route claire pour l’analyse des suivants.

Paralléliser

Le programme ne doit pas être un programme Top Down où les opérationnels attendent des mois des outils et politiques du groupes avant de pouvoir commencer leurs travaux de conformités. Tous les acteurs impliqués (métiers, conformité, IT, CISO, Legal etc.) doivent pouvoir avancer en parallèle et s’alimenter les uns les autres dans une démarche souple et agile. Les équipes IT n’ont pas exemple pas besoin d’attendre que les métiers identifient des durées de rétention et demande à les appliquer dans les systèmes pour identifier les solutions applicables et les outils associés (notamment tokenisation irréversible).

Mutualiser tout ce qui peut l’être

En effet, rien ne sert de réinventer la roue. Les équipes centrales peuvent contribuer à construire et proposer des accélérateurs. Ainsi, plutôt que de demander à toutes les entités de constituer leur inventaire, il est souvent pertinent de proposer un modèle avec les 70 à 80 % de traitements communs à l’ensemble des entités. Le programme s’en trouvera facilité et la charge de mise en conformité réduite de façon importante.

Expliquer, expliquer et ré-expliquer

Le RGDP et sa déclinaison est un sujet complexe, aux multiples ramifi cations et qui sollicitent de nombreux acteurs de l’organisation qui ne connaissaient rien au sujet il y a encore quelques mois. Il faut donc faire preuve d’une pédagogie sans faille et ne pas hésiter à accompagner au plus près les équipes en charge des chantiers afin de les aider à comprendre les exigences et imaginer les solutions.

Faites de la conformité un atout pour votre relation client

Un programme RGPD est avant tout perçu comme une contrainte par les opérationnels. Pour autant, la protection de la vie privée est aujourd’hui un sujet majeur de préoccupation des citoyens que ce soit les clients ou les collaborateurs (idée que nous avons développé dans une précédente publication sur la vie privée dans le numérique avec la vision exclusive des postures de citoyens dans 6 pays :wavestone.com/privacy). Il convient donc d’intégrer le programme au coeur des initiatives autour de la DATA et des chartes associées. La communication autour du programme devra ainsi valoriser les travaux menés afin d’en faire un atout dans la relation clients ou collaborateurs.

 

Que retenir de cette année écoulée ?

Les programmes ont mis du temps à se lancer, et la prise de conscience des impacts du règlement, de la taille des programmes et des budgets à déployer en a été retardée d’autant plus.

Pour autant, depuis le début de l’année 2017, de nombreux programmes sont maintenant dans leur phase de remédiation et des premières solutions émergent. Mais tous les chantiers ne pourront être terminés pour mai 2018. Les grands comptes internationaux ne seront donc pas tous à 100% conformes en mai 2018, mais les actions majeures et les risques les plus forts seront certainement couverts.

Donc dès à présent, en sus des efforts mis en oeuvre pour déployer le maximum d’actions de remédiation d’ici mai 2018, nos clients s’organisent pour disposer d’une organisation DPO opérationnelle rapidement et que celle-ci dispose des budgets adéquats pour conduire l’ensemble des actions identifiées et mettent en place des processus pérennes, garants de la conformité dans la durée.