Le Cloud, la fin ou renouveau du secours informatique ?

Cybersécurité et confiance numérique

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Les entreprises ont de plus en plus recours aux services cloud (SaaS, PaaS, IaaS) pour leur environnement informatique. Ils apportent plus de flexibilité avec des coûts pouvant être plus avantageux qu’une infrastructure classique. En 2016, en France, 48% des entreprises de plus 250 personnes y avaient recours soit une augmentation de 12 points par rapport à 2014. La plus grande disponibilité des infrastructures Cloud est souvent identifiée comme une opportunité. Néanmoins, le risque de défaillance d’un datacenter du fournisseur n’est que rarement traité, alors que ses services reposent sur des datacenters bien physiques et non pas sur des nuages. Ces datacenters font face aux mêmes menaces que les « datacenters traditionnels » : catastrophes naturelles, erreurs humaines… Il est donc nécessaire de se demander comment assurer le secours informatique de ces infrastructures Cloud.

Le secours informatique SaaS, une responsabilité du fournisseur à formaliser

Un service SaaS (Software as a Service) est un logiciel mis à disposition et directement consommable depuis Internet. Il est géré et administré par un ou plusieurs fournisseurs.  Le client n’a donc pas la latitude nécessaire pour opérer le secours (pas d’accès aux données brutes, pas d’accès aux codes sources, ni aux applicatifs pour dupliquer l’infrastructure…), il doit donc s’en remettre au bon vouloir de son fournisseur.

Un niveau de couverture du secours informatique pour SaaS variable suivant la maturité du fournisseur

Trois grandes tendances se dessinent :

  • Les fournisseurs qui disposent d’un plan de secours informatique inclus
    Dans le cadre de l’offre standard, le fournisseur assure un secours sur un datacenter distant, complété généralement par des sauvegardes externalisées. Il ne s’engage néanmoins que rarement sur les délais de reprise.
    Ex : les grands acteurs du SaaS (ex : Office 365, SalesForce, SAP…) , ainsi que certains acteurs de taille intermédiaire (ex : Evernote, Xero…) ;
  • Les fournisseurs qui disposent simplement d’une sauvegarde externalisée
    En tant que tel, aucun plan de secours informatique n’est clairement établi. Le client doit alors s’interroger sur la capacité du fournisseur à restaurer les sauvegardes en cas de sinistre global sur le site principal.
    Ex : Des fournisseurs de taille intermédiaire (ex : Zervant, Sellsy…) ;
  • Les fournisseurs qui ne communiquent pas ou n’en disposent pas
    Le sujet du secours informatique n’est pas abordé, il est donc préférable de considérer que rien n’est fait.
    Ex : Les acteurs de petite taille sont généralement dans ce cas.

L’importance de l’aspect contractuel

Dans la très grande majorité des cas, les fournisseurs SaaS ne s’engagent pas dans leur contrat sur leur façon de gérer le secours ; même lorsque ceux-ci mettent en avant leur capacité à traiter cette problématique. En effet, les contrats comportent généralement par défaut des clauses de Force Majeure stipulant que le fournisseur n’est pas responsable de manquement aux obligations du contrat dans la mesure où ce manquement est causé par un évènement en dehors de leur contrôle raisonnable. Le risque juridique doit donc être traité lors de la souscription et ces clauses supprimées pour s’assurer un bon niveau de couverture.

Lors de la souscription, comme pour des contrats classiques, les clients doivent s’assurer que figure bien des engagements de service, en particulier pour les secours informatiques :

  • Le délai de reprise (Durée Maximale d’Interruption Acceptable ou DMIA) et les pertes de données (Perte de Données Maximale Acceptable ou PDMA) en cas de sinistre;
  • Le plan de secours informatique du fournisseur incluant les modalités de gestion de crise ainsi que l’obligation de conduire plusieurs tests probants par an de ce plan avec la possibilité pour le client d’accès au rapport des tests ;
  • Les pénalités financières et le droit de résilier le contrat (avec en particulier la récupération des données exploitables) en cas de manquement aux engagements.

Le secours informatique du IaaS/PaaS, une mise en oeuvre et une responsabilité du client

Le IaaS (Infrastructure as a Service) est une offre standardisée et automatisée de ressources de calcul, de moyens de stockage et de ressources réseau détenus et hébergés par un fournisseur et mis à disposition au client à la demande. L’offre PaaS (Platform as a Service) est similaire à celle du IaaS, à la différence près qu’elle ne concerne que les infrastructures applicative (définitions Gartner) Contrairement au cas du SaaS, le secours reste sous la responsabilité du client dans les deux cas : les fournisseurs IaaS/PaaS mettent à disposition des ressources dans différents datacenters et le client est responsable de l’usage et de la configuration qu’il en fait. Deux solutions s’offrent aux clients utilisant ces services : confier à un prestataire son secours ou bien le gérer lui-même.

Avoir recours à un prestataire de secours, un marché peu mature

Les prestataires de secours dans le Cloud sont désignés par l’acronyme « DRaaS » pour Disaster Recovery as a Service. Initialement, les fournisseurs DRaaS proposaient d’assurer dans le Cloud le secours de votre SI « on-premise ». Mais ils proposent également aujourd’hui d’assurer le secours de vos infrastructures déjà dans le Cloud, AWS ou Azure par exemple. La maturité reste très variable selon les fournisseurs et le cloud utilisé. Certains fournisseurs DRaaS imposent que le Cloud de destination du secours soit le leur, ne permettant pas ainsi de couvrir le secours de service PaaS.

Comme avec le SaaS, pas de garanties incluses par défaut quant aux pertes de données ou au délai de reprise, il faut les négocier. Les fournisseurs promettent de pouvoir s’adapter aux exigences du client ! Pour s’assurer que le secours fonctionne, le client doit prévoir la réalisation régulière de tests probants du secours (recommandation d’une fois par an).

Réaliser soi-même son secours en utilisant les outils proposés par le fournisseur

Comme sur une infrastructure « on-premise », il est nécessaire de réfléchir et définir sa stratégie de secours dès la conception. Cette stratégie doit intégrer la capacité de réaliser des tests probants permettant d’assurer un niveau de confiance suffisant dans son plan.

La mise en place est simplifiée par les outils mis à disposition par les fournisseurs Cloud et la forte standardisation des environnements Cloud. Les grands acteurs publient dans des livres blancs les grandes lignes directrices pour mettre en place un tel projet (par exemple AWS ou Azure).

Les concepts des stratégies du secours informatique restent proches de celles pour les datacenters on-premise.

On peut en dénombrer quatre principales :

  • la sauvegarde et restauration: simple sauvegarde des données et images des machines sur un site distant, restaurées en cas de sinistre ;
  • la veilleuse: réplication des bases de données et mise à disposition des machines sous forme d’images prêtes à être démarrées en cas de sinistre ;
  • le secours à chaud: réplication complète du site primaire (données et machines), le site de secours est sous-dimensionné en termes de performances et est prêt à monter en charge en cas sinistre ;
  • le multi site (ou actif-actif): les deux sites sont identiques et se partagent la charge des utilisateurs. En cas de sinistre, le site restant peut monter en charge pour accueillir la totalité des utilisateurs.

Des solutions hybrides pouvant mieux s’adapter aux exigences de délai de reprise, coût et complexité de la solution peuvent être envisagées.

Le véritable apport du Cloud pour le secours concerne les nombreux outils mis à disposition simplifiant la mise en œuvre et le déclenchement.

La réplication des données est ainsi simplifiée pour les options de géo-réplication asynchrones (plusieurs copies répliquées dans d’autres régions). La PDMA est variable en fonction des types de données et des outils proposés. Au-delà de cette option, une redondance locale des données est presque systématiquement incluse.

La forte standardisation permet également d’automatiser la reprise : les scripts ou API mis à disposition par les fournisseurs permettent d’automatiser le déploiement des infrastructures, le redimensionnement des instances en fonction de métriques précédemment définies, la répartition des charges et du trafic ou, l’adressage IP etc… afin d’accélérer de façon significative l’activation d’un site de secours.

Les outils de surveillance et alerte qui sont également proposés visent à faciliter le Maintien en Conditions Opérationnelles (MCO) du secours et peuvent être utilisés pour détecter au plus tôt un incident voire, dans certains cas, automatiser partiellement le déclenchement du secours.

Enfin la capacité à provisionner des nouvelles ressources en quelques minutes permet de limiter l’OPEX. A stratégie équivalente, il est ainsi possible d’avoir des gains de 40 à 70% sur le coût du secours !

Vers une plus grande prise en charge par le fournisseur ?

Azure prévoit une option, courant 2017, pour assurer le secours des machines virtuelles hébergées au sein de leur plateforme via la complétion de leur service « Site Recovery ». En effet, « Site Recovery » propose à l’heure actuelle de prendre en charge le secours de site traditionnel en utilisant le cloud Azure pour accueillir le site secondaire, mais Microsoft souhaite étendre ce service au secours de leurs propres infrastructures. Cet outil permettrait un déploiement automatique du site secondaire (de type actif-passif), une réplication automatique des données et une mise en place de tests facilitée.

Cette option est passée en « public preview » fin mai 2017. Un projet équivalent n’est pas d’actualité chez les autres principaux fournisseurs IaaS/PaaS.

Le cloud face au risque systémique des fournisseurs

Le secours informatique des services hébergés dans le cloud s’aborde différemment selon le type de service utilisé. Le secours du SaaS doit être géré contractuellement et est sous la responsabilité du fournisseur tandis que le secours du IaaS/PaaS, simplifié par les outils, reste sous la responsabilité du client.

Le risque de défaillance généralisé d’une région d’hébergement d’un fournisseur existe comme le montre les derniers incidents. Même si aujourd’hui, les incidents ont été de courte durée ou avec des impacts fiables, une défaillance généralisée ne peut pas être ignorée. Reste donc à traiter la problématique de cyber-résilience. L’utilisation d’un 2ème fournisseur cloud permet de couvrir le risque de destruction ou d’indisponibilité majeure des infrastructures du premier. Cette solution reste très complexe car la portabilité d’un fournisseur à un autre est délicate. Pour l’instant, peu d’entreprises s’y sont risquées, même si l’on peut citer l’exemple de Snapchat qui utilise le cloud Google pour sa production et prévoit d’utiliser celui d’Amazon pour son secours d’ici à 5 ans.