Radar des startups 2019 : Quels leviers de développement ?

Cybersécurité et confiance numérique Transformation métier sécurisée & données

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Après un premier article sur l’écosystème 2019 des startups cyber, ce deuxième article couvre les différents défis auxquels doivent faire face les pépites françaises. Quelles actions concrètes permettraient à ces derniers d’intensifier le développement de leurs startups, d’acquérir une nouvelle envergure et, d’ainsi, confirmer le changement d’échelle amorcé ?

 

Des challenges qui freinent la progression des start-ups

Les échanges réalisés avec les équipes de startups présentes dans le radar permettent d’identifier des challenges concrets qui pour certains sont ambitieux à relever.

 

Les startups ont du mal à recruter des profils adéquats

A l’instar de l’ensemble du marché, les startups cyber sont confrontées à une pénurie de main d’œuvre spécialisée. Les jeunes diplômés ne sont pas suffisamment formés à la cybersécurité dans les écoles françaises pour alimenter les effectifs ou être à l’initiative de création de startups. Cet état de fait, partagé par l’intégralité du marché en cybersécurité, est encore plus prégnant pour les startups qui ne peuvent pas souvent suivre la course salariale qui s’en suit.

 

Des fondateurs de startups peu enclins à la prise de risque

66% des fondateurs ont déjà expérimenté une création d’entreprise, mais rarement plusieurs alors que la moyenne d’âge de ces entrepreneurs dépasse les 40 ans. Le profil des fondateurs révèle plutôt des experts que des serial entrepreneurs audacieux. Si on peut saluer la ténacité de certaines startups, il faut souligner la peur de l’échec qui est un problème récurrent en France et qui n’a pas lieu d’être à l’échelle international. Par exemple, un entrepreneur de la Silicon Valley ou israélien ne sera vraiment considéré qu’après plusieurs échecs de création d’entreprise.

 

Une stratégie marketing carencée…

Les équipes des startups sont davantage composées de profils techniques et spécialisés sécurité que commerciaux. Il en résulte une difficulté des startuppers à rendre leur offre commerciale attirante auprès des prospects. Des efforts sont à faire sur le volet marketing, aussi bien au niveau du produit que du discours. A titre d’exemple, les incubateurs anglo-saxons déploient des programmes d’accélération business élaborés, comme l’incubateur londonien Cylon dédié à la cybersécurité qui forme à « pitcher » efficacement sa startup auprès de potentiels investisseurs, clients et partenaires. Les startups en récoltent les fruits et sont réputées pour leur force commerciale outre-Manche et outre-Atlantique.

…qui se répercute sur les ventes

Les startups françaises ne rencontrent pas de problèmes liés à leur phase de création, mais ont en revanche du mal à faire connaître leurs solutions et à vendre à court et moyen terme. Seul 15% des startups contactées nous a confirmé faire plus de 500 000 euros de chiffre d’affaires. Parmi ces startups, deux tiers ont déjà entre 4 et 7 années d’existence sur le marché de la cybersécurité.

 

Comment concrétiser cette transformation

Pour les startups, apprendre à se vendre

Les startups doivent proposer des solutions sur étagère et ainsi atteindre un plus grand nombre de clients avec des coûts optimums. Pour ce faire, il est nécessaire que les fondateurs identifient et valorisent une proposition unique de vente plutôt qu’un segment de marché.

Un axe clé pour eux serait de se positionner sur des problématiques non résolues par les solutions traditionnelles. En effet, les grands groupes sont plus enclins à collaborer avec les startups lorsqu’elles adressent des problèmes pour lesquels aucune solution n’existe sur le marché. La startup Alsid, qui se distingue par son premier rang dans notre classement des levées de fonds, est un bel exemple puisqu’elle traite une problématique pour laquelle aucune solution n’existait auparavant : le monitoring de la sécurité d’Active Directory.

Savoir présenter un pitch clair et attirant se concentrant sur les différentiateurs est un axe d’amélioration clé du développement des start-ups. En effet, c’est une étape cruciale dans la relation avec les investisseurs, les partenaires et les clients afin de les convaincre de la valeur ajoutée de la solution.

Un autre élément à envisager est de penser au design et à l’expérience utilisateur dès la création de la solution. Dans un marché où ces critères ne sont pas forcément pris en compte par les concurrents, cela peut représenter un vrai atout. Exemple singulier sur le marché, la startup israélienne Cybereason l’a bien compris et a engagé un VP Créative & Head of Design pour imaginer le design de ses produits parallèlement à la construction des fonctionnalités.

Pour finir, les startups ne doivent pas hésiter à réfléchir international dès leur lancement (langue de travail, documentation des codes sources, rédaction des documents produits…) afin de ne pas alourdir inutilement l’effort, déjà conséquent à fournir sur le plan commercial, pour accéder à des marchés plus matures et pouvoir ainsi accélérer le passage à l’échelle.

Pour le marché

Les avantages liés à l’incubation sont nombreux pour les startups (regard extérieur, service à prix réduit, proximité avec d’autres…), mais en même temps la cybersécurité est un domaine avec des besoins spécifiques (confidentialité, expertise scientifique, protection physique…). Ces raisons font que peu de startups en cyber trouvent leur place efficacement dans un incubateur standard. Cela exacerbe le besoin d’un incubateur spécialisé cybersécurité. De plus cet incubateur pourrait devenir un totem de l’innovation cyber « à la française » et un lieu d’accueil des investisseurs et des grands clients. La France réfléchit à se doter d’un hub dédié à la cybersécurité et les premières propositions seront remises à Matignon d’ici la fin du mois de novembre. Il faut espérer que ce lieu proposera réellement un environnement propice au développement des startups, ainsi que des services d’accompagnement qui ne soient pas seulement liés à de l’aide à la recherche.

Enfin, il serait pertinent de favoriser la création de startups par d’anciens membres de la cyberdéfense des Armées ou de l’ANSSI. En effet, leur réseau et leur expertise professionnelle acquis en début de carrière sont des facteurs de succès dans l’écosystème cyber, comme l’ont prouvé les ex-collaborateurs de l’ANSSI et désormais fondateurs des startups Alsid et Citalid.

 

Pour les clients

Afin de permettre le développement de l’écosystème, les clients doivent accepter la prise de risque. Ils ont pour l’instant des difficultés à faire confiance et à contractualiser rapidement avec de jeunes structures innovantes. Pour un quart des startups interrogées, le temps de signature du contrat après la réalisation du POC est supérieur à 6 mois, et cette observation est particulièrement prégnante chez les grands groupes. Ces derniers peuvent s’inspirer des grandes entreprises israéliennes qui se tournent très vite vers les startups lorsqu’elles identifient des problèmes pour lesquels le marché traditionnel n’offre pas de solutions en acceptant les risques mais en négociant également des tarifs très attractifs pour le futur.

On pourrait également envisager la création d’un accompagnement à la prise de risque de la part de l’Etat afin d’encourager la collaboration des grands groupes avec les startups. En restant sur l’exemple israélien, l’Etat a créé une agence indépendante qui sélectionne des projets innovants pour lesquels à chaque Shekel investi par le secteur privé, l’Etat investit un Shekel sans contrepartie.

 

2019 a montré une vraie embellie dans l’innovation cybersécurité en France. Pour que l’écosystème continue sur sa lancée et concrétise son passage à l’échelle, les axes d’améliorations évoqués se doivent d’être accompagnés par un changement d’état d’esprit de l’écosystème, qui demeure pour l’instant trop fermé. Avec la collaboration des différents acteurs, il n’y a nul doute que la dynamique amorcée se confirmera. Les grands projets entamés à l’échelle de l’état, en particulier le Campus cyber, sont une opportunité unique pour transformer notre écosystème. Mobilisons-nous tous pour que cela devienne une réalité !