E-privacy, il est urgent d’attendre

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En janvier 2017, la Commission européenne a partagé une proposition de règlement afin de remplacer la directive 2002/58/CE concernant la « vie privée et les communications électroniques » : l’E-privacy. Depuis, le texte est entré dans son périple législatif européen. Comme en témoigne la lettre d’une cinquantaine de médias européens sur les inquiétudes des acteurs du marché concernant ce nouveau règlement sont nombreuses.

Que dit véritablement ce nouveau règlement ? Comment risque-t-il d’impacter les entreprises ? Faut-il vraiment s’en inquiéter ? Autant de questions que nous nous proposons d’aborder dans cet article

 

Une date d’application encore floue

Les objectifs du texte sont clairs :

  • Compléter le GDPR sur le sujet de la confidentialité des communications électroniques
  • Renforcer le contrôle des utilisateurs sur leurs données à caractère personnel traitées par les fournisseurs de communications électroniques

Si le texte contient ainsi différentes dispositions qui visent les communications électroniques ils visent également la gestion des cookies, le marketing non sollicité, etc. De cette façon, la commission européenne souhaite adapter la règlementation aux nouveaux types de communication, en particulier aux nouveaux acteurs, les fournisseurs de service Over-The-Top (OTT) tels que Messenger ou What’s App qui passent par Internet pour proposer leurs services. Cependant par voie de conséquences le périmètre d’application est beaucoup plus large d’application : presse en ligne, site de e-commerce, opérateur télécom traditionnel, … sont soumis à ce règlement.

Dans sa version initiale, le règlement E-privacy devait s’appliquer comme le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), le 25 mai 2018. Pourtant, le Parlement européen vient tout juste de lancer les négociations avec le Conseil de l’Union européenne en adoptant une première version du règlement. La date de mise en application initiale ne sera donc pas tenue et devrait être repoussée de plusieurs mois. Si, de fait, cela laisse un peu de temps avant de se mettre en conformité, certains éléments du texte peuvent et doivent d’ores et déjà être anticipés.

 

Un texte aux forts impacts techniques

Le texte n’a pas encore été adopté dans sa version finale mais on peut d’ores et déjà visualiser les grandes orientations de ce texte. La première est la suppression des bandeaux d’acceptation des cookies à finalité commerciale présents actuellement sur la quasi-totalité des sites web. A la place, la Commission souhaite que le consentement de l’utilisateur soit recueilli directement dans les paramètres du navigateur web.

Concrètement, cela signifie pour les navigateurs le développement de solutions de centralisation du consentement et pour les entreprises l’obligation de s’équiper de moyens permettant de capter l’information auprès du navigateur. L’enjeu pour l’entreprise sera donc de réussir à s’interfacer avec les différentes versions de navigateurs pour accéder au consentement de l’utilisateur. Au-delà des aspects techniques, une telle disposition crée un intermédiaire entre le service et son client ; difficilement tolérable pour les fournisseurs de services.

On peut dès maintenant noter l’ambiguïté que pose cette nouvelle répartition des rôles au profit des navigateurs. En effet, centraliser le consentement dans leurs paramètres pourrait permettre aux navigateurs de privilégier certains éditeurs de sites web notamment dans la présentation des choix aux utilisateurs et ainsi rendre possible l’éviction de certains acteurs. Plus globalement, il est risqué de laisser la gestion des données personnelles à quelques acteurs dominants comme les GAFA souvent visées par ailleurs pour certains de leurs traitements de données. Cette problématique est transposable sur les smartphones.

Il s’agit d’ailleurs d’un des nouveaux enjeux liés à cette règlementation : la capacité des entreprises à adapter leurs services et leurs traçages en fonction du consentement de l’utilisateur. Cela signifiera parfois de repenser le parcours client pour permettre à l’utilisateur refusant les cookies d’accéder aux services.

Ces premiers impacts laissent présager une implémentation technique compliquée pour les entreprises qui vont se mettre en conformité E-privacy et représente même un véritable danger pour certains business. En effet, en remaniant en profondeur l’utilisation des cookies webs, le secteur de la presse, comme indiquée dans l’introduction, dont les revenus reposent en partie sur la publicité ciblée, va devoir revoir une partie de sa démarche commerciale en ligne. Plus globalement, l’E-privacy risque de freiner les élans d’investissement et d’innovation de nombreuses entreprises qui se lancent dans des programmes de digitalisation.

 

Un message : la base légale du profiling est le consentement

Le règlement tel qu’écrit aujourd’hui possède encore de nombreuses zones de flou : Où devra se faire la gestion des consentements spécifiques : au niveau du navigateur ou du site web ? Comment déterminer, selon leur finalité, quels sont les cookies impactés par la demande de consentement ? …

Par ailleurs, le règlement ne semble pas prendre en compte les réalités technologiques des terminaux mobiles et des écosystèmes d’application qui diffèrent techniquement de celles liées à l’internet fixe. Aujourd’hui, il existe peu de solutions permettant aux acteurs qui dépendent des systèmes d’exploitation de se conformer aux exigences du règlement E-privacy

Enfin, les discussions et les premiers éclaircissements sur ce règlement, écartent le recours à l’intérêt légitime pour les traitements de profiling. Cette précision n’est pas un détail. Si le règlement E-privacy le confirme, les entreprises qui ne l’ont pas fait seront obligées d’intégrer le consentement dans leur parcours client pour pouvoir les cibler, les données collectées dans le cadre de ce traitement deviendront portables… Autant d’impacts qui doivent être anticiper dès aujourd’hui.

 

Se préparer dès aujourd’hui à l’arrivée de l’E-privacy

La question est d’autant plus importante lorsqu’on sait que les sanctions sont les mêmes que pour le GDPR (20M€ et 4% du CA). Deux éléments semblent indispensables à ce stade :

  • Mettre en place une veille: a l’instar du GDPR un programme de mise en conformité sera nécessaire. Avoir identifier en amont les impacts ne pourra être qu’un accélérateur
  • Anticiper certains impacts: Intégrer d’ores et déjà la philosophie du texte dans ces traitements réduira l’effort de mise en conformité à terme