Saga 1/3 : La voiture connectée, entre cybersécurité et safety

Cybersécurité et confiance numérique

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La révolution est en route ! Nos véhicules deviennent de plus en plus connectés et autonomes dans un avenir proche, laissant la place à de nouveaux usages. L’expérience de mobilité s’en trouvera indéniablement améliorée, mais ces services sont aussi synonymes de menaces et de nouveaux enjeux cybersécurité à prendre en compte.

Cette saga se propose de vous présenter dans un premier temps le véhicule connecté et les défis cybersécurité associés ; les principales sources de menace et les risques seront abordés lors d’une prochaine publication. Enfin, un troisième article vous présentera nos convictions et premiers éléments de réponse pour y faire face.

 

La voiture connectée : un objet au cœur d’interactions multiples

Divertissement, extension du smartphone, mobilité partagée, gestion de vie de la voiture … Les utilisateurs sont demandeurs de nouvelles expériences et ces services et applications engendrent de multiples interactions. On peut ainsi imaginer une voiture communicante capable de trouver une place de parking libre, planifier automatiquement un rendez-vous pour sa maintenance ou déclencher un feu au vert à son passage. Depuis le 1er avril 2018, tous les nouveaux modèles de véhicules doivent d’ailleurs posséder un système d’appel d’urgence et de géolocalisation pour contacter les secours en cas d’accident. A ce titre, ils sont déjà « connectés ».

Les constructeurs et autres acteurs se saisissent déjà de cette opportunité de maintenir une relation étroite avec les clients tout au long du cycle de vie du véhicule. Ils deviennent ainsi des « fournisseurs de services et de solutions mobilités », s’appuyant entre autres sur les données collectées. D’autant plus que cette connectivité constitue une étape vers l’autonomie, le véhicule ayant besoin de pouvoir communiquer avec ses homologues et avec l’environnement. Le mouvement est en marche et va s’amplifier progressivement.

Cependant, le constat est aujourd’hui sans appel : la problématique de cybersécurité n’est pas ou peu prise en compte, alors qu’elle doit être partie intégrante de la solution connectée, dès sa phase conception et jusqu’à la fin du cycle de vie. Cette réflexion est essentielle pour réussir à préserver l’intégrité du véhicule, la vie des passagers et respecter les réglementations en vigueur et à venir.

Le premier prérequis consiste à correctement appréhender les technologies et l’écosystème du véhicule connecté.

 

Comment le véhicule interagit-il avec son environnement ?

Un véhicule connecté est un véhicule qui possède la particularité d’être en interaction avec son écosystème, à courte ou à longue portée, via des flux de données mobiles.

  • Connexion courte portée: Le véhicule interagit directement avec un objet (smartphone, infrastructure, etc.), sans intermédiaire. Il utilise des technologies avec un rayon d’action limité (WAVE, Wifi on board, bluetooth, etc.) avec des échanges en local.
  • Connexion longue portée: Le véhicule utilise un accès distant pour interagir avec des éléments externes via une plateforme cloud. Les connections 4G et bientôt 5G sont les technologies de prédilection pour raccorder le véhicule à internet.

Ce concept de véhicule connecté est parfois élargi à celui de « véhicule étendu », tel que décrit dans la norme ISO 20078. Il inclut, en plus des technologies de télécommunication, les capteurs du véhicule : LIDAR, caméra de vision, capteurs infrarouges, radars, etc. Ce concept est donc plus adapté pour décrire l’ensemble des échanges avec l’extérieur, véhicules (Vehicle-To-Vehicle, V2V) ou infrastructure (Vehicle-To-Everything, V2X).

 

De nombreux écosystèmes et acteurs devront cohabiter

La voiture était autrefois un système très fermé ; à l’exception d’une prise diagnostique pour les garagistes et d’un peu de connectivité pour diffuser du contenu multimédia, le risque était jusque-là contenu. Aujourd’hui, la multiplication des éléments de connectivité et l’accès à internet ouvrent de nouvelles opportunités pour les constructeurs et fournisseurs de services, mais aussi pour une personne malveillante.

Le premier écosystème à considérer est celui du véhicule embarqué. Les systèmes électroniques et de communication doivent pouvoir communiquer entre eux sans que les données transmises ou les secrets stockés ne soient altérés ou dérobés. Parmi ces systèmes, on retrouve les ECU, ces mini « ordinateurs embarqués » qui pilotent des fonctions clés du véhicule telles que le système de freinage, la climatisation, l’éclairage, etc.

Au-delà de la sécurité embarquée, on retrouve les utilisateurs et le propriétaire (qui n’est pas forcément un particulier) bénéficiant de droits afin de donner des ordres au véhicule selon les règles prédéfinies. Dans le futur, leur authentification sera certainement primordiale pour des questions de responsabilités ainsi que la vérification de la légitimité des ordres qu’ils émettent.

Un autre aspect très important concerne les services connectés qui utilisent des plateformes centralisées, voire dans le cloud, mises en œuvre par les constructeurs ou par des partenaires. Ces plateformes représentent une menace importante car elles peuvent déclencher des commandes sur une flotte entière de véhicules, et donc avoir un impact démultiplié. Les constructeurs devront mettre en place des solutions sécurisées adéquates pour autoriser ces services, en combinant leur propre plateforme, celle des partenaires et les API sur le véhicule, et s’assurer du niveau de confiance de l’environnement.

Enfin, à moyen terme, les objets extérieurs et l’environnement proche (autres véhicules, garage, parking, infrastructure routière, etc.) devront communiquer et partager des informations. Les enjeux de sécurisation en temps réel (disponibilité, intégrité, etc.) seront alors des challenges complexes à relever.

 

Des enjeux cybersécurité : du monde virtuel à la réalité

La sécurité des hommes à l’intérieur et à l’extérieur du véhicule est une préoccupation de tout premier plan pour le secteur automobile. Il serait donc logique de penser que les problématiques de cybersécurité soulevées par le véhicule connecté seront traitées avec la même rigueur, dans le but de garantir les fonctions de safety et d’intégrité de la voiture.

Le premier enjeu est un défi organisationnel à relever pour tous les acteurs et notamment les constructeurs, car l’avènement de ce nouveau modèle provoque la réunion de deux mondes opposés : d’un côté, celui des services et de l’autre celui de l’ingénierie. Le premier est tout en agilité et rapidité, avec de très nombreux projets à court terme. Le second, avec un cycle de développement plus long, doit répondre à des exigences en matière de safety et de qualité afin de permettre l’homologation du véhicule. Cette dichotomie a des impacts sur la cybersécurité et notamment son intégration dans les projets, ou encore la couverture du risque end-to-end. Par exemple, le backend devient, de par sa position, un point névralgique à sanctuariser pour éviter tout risque d’attaque systémique avec des répercussions sur l’ensemble de la flotte. Malheureusement sa sécurité n’est aujourd’hui pas appréciée à sa juste valeur, principalement pour des exigences de time-to-market très court.

En ce qui concerne les autres enjeux, force est de constater que les thématiques de cybersécurité pour le véhicule connecté ne diffèrent pas beaucoup de celles que l’on connait dans le monde SI : gestion des identités et des accès, détection et réponse, sécurité des infrastructures, cryptographie, gestion des parties tierces ou encore patch management… Un véhicule connecté est un SI « mobile », et les différentes normes de sécurité (ISO2700x, NIST 800, etc.) sont déjà déclinées sous forme de bonnes pratiques dans différents guides et référentiels (SAE J3061, AUTOISAC, NHST, etc.) et seront prochainement l’objet de la norme ISO/SAE 21434.
Cependant, un certain nombre de contraintes inhérentes au véhicule et aux systèmes embarqués impliquent de considérer ces sujets sous des angles spécifiques et originaux.

La mobilité et la connectivité du véhicule complexifient sa sécurisation : il faut prévoir la sécurité dans un contexte de connexion limité ou inexistante, avec un environnement changeant. L’aspect réglementaire n’est pas en reste, le véhicule étant amené à se déplacer à l’international.

Le monde de l’embarqué pose également des restrictions sur le matériel, en termes de coût, de puissance de calcul et d’encombrement.

La question de la mise à jour des composants et des services se pose vis-à-vis d’un système devant fonctionner à tout moment mais pouvant aussi être arrêté sur de longues périodes.

Enfin, le véhicule est promis à un cycle de vie long, ce qui implique de penser dès le début sa sécurité notamment par rapport à la gestion des identités et des accès. Cette durée de vie impose aussi de réfléchir à des standards évolutifs dans le temps, ainsi qu’à un modèle de mises à jour garantissant la sécurisation du véhicule de manière durable et soutenable pour les constructeurs.

 

La route est longue et la cybersécurité s’invite à un carrefour où on ne l’attendait pas il y a une dizaine d’années encore. Il est urgent que chaque acteur réalise l’importance de l’effort demandé et commence à prendre le virage dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.