SOAR, UEBA, CASB, EDR et autres acronymes… suivez la saga de l’été pour comprendre et choisir parmi les nouveaux outils du SOC (3/3)

Cybersécurité et confiance numérique

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Après le premier épisode consacré à l’axe Étendre la détection à de nouveaux périmètres (consutable ici). Après l’épisode 2, dédié à l’axe Compléter la détection avec de nouvelles approches (consutable ici). Retrouvez le dénouement de cette (épique) saga dans ce dernier épisode regroupant les deux derniers axes !

Améliorer la connaissances des menaces et des attaquants : plateformes CTI (-Cyber-Threat Intelligence)

La Cyber Threat Intelligence (CTI ou Threat Intel’) est une discipline regroupant la récolte, la consolidation et l’exploitation de toutes les informations sur les cyber-menaces. “Connais ton ennemi” indique Sun Tzu dans l’Art de la Guerre. Bien que cette citation fasse référence aux guerres « physique », le principe reste vrai… et l’est sans doute même davantage pour les luttes « cyber ».

En effet, aujourd’hui, un nombre important de dispositifs de sécurité s’appuient sur une connaissance des attaques : approche par signature des anti-virus et IDS, scénarios de détection ciblés… Même si la tendance s’inverse (notamment avec la détection d’anomalies), la grande majorité des produits de sécurité s’appuient toujours -et continueront de s’appuyer- sur des principes de Threat Intelligence.

Les besoins des entreprises étant de plus en plus spécifiques, et les attaquants de plus en plus spécialisés, les solutions de Threat Intel’ se démocratisent et proposent directement leurs services aux entreprises. En complément des offres commerciales, de plus en plus de plateformes d’échanges et de partenariats permettent de collaborer directement avec d’autres entreprises (de même secteur, zone géographique…).

Les services rendus par la Threat Intel’ sont multiples. D’une part la Threat Intel’ « stratégique » aide les SOC à mieux connaître le contexte et les menaces spécifiques à leur entreprise. Pour cela, les risques pesant sur chaque écosystème sont étudiés : aspects géographique, politique, idéologique, sectorielle… Ces informations permettent aux équipes sécurités de mieux connaître les menaces les concernant, et d’orienter leurs décisions pour définir leur stratégie « long terme » (solutions à déployer…).

D’autre part, la Threat Intel’ « tactique » donne des informations plus précises sur les méthodes des attaquants et permet notamment au SOC de faciliter la détection et d’adapter les mesures existantes : nouveaux scénarios de menaces à surveiller, ports à bloquer….

En complément de ces approches, la Threat Intel’ « technique » participe grandement à l’analyse des évènements de sécurité en fournissant, sur demande (depuis un SOAR notamment, voir partie suivante), des éléments permettant de juger de la véracité d’une alerte : appartenance d’une IP à un botnet, hash de fichier correspondant à un virus connu…

Les dispositifs de Threat Intelligence figurent donc parmi les outils les plus polyvalents du SOC, en permettant de tirer parti au mieux des dispositifs existant, en restant à jour et priorisant les menaces à détecter, et en orientant vers les prochains outils et mesures à déployer.

Exemples d’éditeurs Threat Intelligence :

Industrialiser et automatiser le processus de réaction : SOAR

Les SOAR (pour Security Orchestration, Automation & Response) sont issus de la combinaison de trois outils du SOC : les SIRP (Security Incident Response Plateform, plus de détails ici), les SOA (Security Orchestration & Automation, les solutions d’industrialisation et d’automatisation) et une partie des fonctionnalités de plateformes de Threat Intelligence. Pour résumer, ce sont des plateformes d’aide et d’automatisation de la réaction aux incidents de sécurité. Ces solutions se rapprochent d’outils de ticketing (ITSM) classiques, mais embarquent des fonctionnalités spécifiques aux problématiques de cybersécurité. Les SOAR offrent principalement trois capacités, chacune liée à l’un des trois types d’outils à leur origine.

Premièrement, comme les SIRP, ils permettent la définition de processus de réaction adaptés à chaque évènement de sécurité. Ceux-ci sont basés sur des playbooks prédéfinis par l’éditeur, publiés par la communauté de la solution, ou créés manuellement pour une meilleure adaptation aux besoins de l’entreprise. Cette tâche impose notamment aux équipes de réaction d’établir un processus clairement défini, les aidant ainsi à se poser les bonnes questions lors de la création de procédures de réaction, et à capitaliser et stocker ces connaissances.

Le gain des SOAR repose cependant davantage sur l’automatisation des différentes étapes suivant la détection. Lors de la phase d’analyse, l’outil va automatiquement enrichir l’évènement de sécurité en allant récupérer des informations de contexte sur le SI (identité dans l’AD, criticité d’une ressource…), et en interrogeant des services de Threat Intelligence externes (via des API) ou proposés avec la solution. Outre l’automatisation de l’enrichissement et des étapes d’analyse, les SOAR facilitent aussi le travail des analystes -investigation de postes, interrogation de VirusTotal… en un clic-  lorsque leur intervention est nécessaire.

Mais l’automatisation ne s’arrête pas là ! Bien que polémique, l’automatisation de la réaction (via la connexion aux équipements de sécurité, héritage du SOA) peut représenter un gain important pour les équipes de sécurité : blocage d’URL, génération de signature de fichier et propagation aux antivirus, blacklisting d’IP…

L’objectif des SOAR est donc clair : faciliter la tâche des équipes en charge de l’analyse et de la réaction, en les aidant à définir des processus et en automatisant les tâches au maximum. Même si les SOAR sont très adaptables, et peuvent donc aider à répondre à toute type d’attaque, ils brillent tout particulièrement pour automatiser le traitement des attaques courantes (ransomware, phishing…), très répétitives et mobilisant les efforts des équipes de réaction.

Une fois ces tâches automatisées, les équipes sécurité en charge de la réaction peuvent se concentrer sur les alertes plus complexes, où leurs connaissances apportent une véritable valeur ajoutée.

À conditions d’être prêt à fournir l’effort initial (formalisation des processus…), les gains en réactivité et en charge attendus sont donc conséquents. Les SOAR sont amenés à changer le mode de travail des équipes SOC, en particulier pour les analystes de premier niveau. Même si ces solutions sont encore peu déployées en France, ils devraient devenir l’un des indispensables du SOC dans les années qui viennent.

Exemples d’éditeurs SOAR :

Même si l’outillage n’est qu’une partie du SOC, chacune de ces solutions présente des avantages certains qui aideront les équipes de détection à rester d’actualité face à l’évolution du SI et des menaces.

Tous ces outils sont prometteurs, et certains arrivent à maturité. Cependant, il est important de garder à l’esprit que l’outillage actuel lève déjà de nombreuses alertes, difficiles à prendre en compte. Il est donc conseillé de finir de déployer et d’industrialiser l’existant (en utilisant un SOAR par exemple), avant de se tourner vers de nouvelles solutions.

Et, comme pour tout produit innovant, il faut savoir garder la tête froide : le déploiement d’une nouvelle solution doit être motivé par des besoins bien définis.