ERP : comment mettre sous contrôle les risques liés aux habilitations ? (2/2)

Cybersécurité et confiance numérique Identité, Fraude & Services de Confiance

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Comme nous avons pu le voir dans un précédent article, se pencher sérieusement sur le sujet des « habilitations » (appelées également droits, permissions, rôles ou encore profils d’accès) au sein des ERP doit permettre de prévenir significativement les risques de fraude et d’erreur humaine, et contribuer à la mise en conformité de l’entreprise.

Nous avons proposé 5 facteurs clés de succès pour mener un projet de mise sous contrôle des risques liés aux habilitations des ERP :

Les deux premiers facteurs clés de succès ont été vus dans le précédent article ; les trois derniers sont détaillés ci-après.

3. Industrialiser le déploiement

Services, filières, entités géographiques ou légales… la remédiation des risques sur les habilitations nécessite de passer en revue les comptes utilisateurs de différents – et souvent nombreux – périmètres. Afin de tenir les plannings, de limiter la charge de travail, mais également de rassurer les contributeurs locaux, il est préférable « d’industrialiser » au maximum le déploiement. Cela passe notamment par :

  • la définition et la communication d’une méthodologie d’analyse et de remédiation des risques ;
  • la mise en place d’outils de pilotage ;
  • la mise en place d’outils d’analyse plus ou moins automatisés pour faire face à la volumétrie ;
  • la formalisation de supports d’ateliers et de restitution ;
  • la documentation de la méthodologie et de l’outil pour former les utilisateurs.

Tous les documents produits dans ce cadre constitueront le « kit » de déploiement utilisé par le projet sur les différents périmètres, et qui pourra également servir après le projet.

« Kit » de déploiement d’un projet de remédiation des risques liés aux habilitations d’un ERP

La méthodologie de déploiement va nécessairement s’articuler autour des activités suivantes, à reproduire pour chaque périmètre :

  • Analyse des risques et définition d’indicateurs.
  • Ateliers de remédiation des risques portés par les utilisateurs.
  • Validation et exécution des plans de remédiation.
  • Formation et accompagnement à la montée en compétence.

Cette méthodologie doit néanmoins s’adapter à l’organisation de l’entreprise et aux moyens de chaque entité : effectifs, déclinaisons locales des processus métiers, maturité dans la gestion des risques et des habilitations…

En particulier, il s’agira de mobiliser des sachants locaux aussi bien sur le volet technique des habilitations (correspondants habilitations, responsables applicatifs, responsables sécurité) que sur le volet métier des processus (représentants métiers, responsables de processus, contrôleurs internes, managers d’équipe…). À ce titre, la contribution attendue de leur part et la charge qu’ils devront y consacrer devra être annoncée le plus tôt possible et rester « raisonnable ». Le management local devra donc être impliqué pour garantir la mobilisation des contributeurs et aider dans la prise de décisions.

Lors des ateliers de remédiation, les contributeurs participeront notamment à l’analyse des risques portés par les utilisateurs et seront amenés à étudier différentes stratégies de remédiation telles que celles-ci :

Stratégies à considérer dans un projet de remédiation des risques liés aux habilitations d’un ERP

Il est bien entendu préférable de valider cette méthodologie sur un périmètre pilote, d’une volumétrie limitée tout en restant représentatif de l’entreprise. Suivant le contexte, il peut être plus stratégique de choisir un périmètre a priori « favorable » au projet, ou bien au contraire un périmètre qui demandera de toute façon plus d’accompagnement. Les leçons apprises dans le cadre du pilote permettront d’ajuster la méthodologie et l’outillage qui l’accompagne avant la phase de déploiement généralisé.

 

4. Bien s’outiller

Les outils mis en place doivent aider à mener à bien la phase projet, mais aussi et surtout être utilisés dans la durée en support de la méthodologie, les deux fonctionnant de concert.

Bien s’outiller, c’est déjà être au clair quant aux contrôles à réaliser a priori (au moment de la demande d’une nouvelle habilitation) et aux contrôles à réaliser a posteriori (une fois que les habilitations ont été données). Avoir beaucoup de contrôles a priori peut certes aider à prévenir plus de risques, mais l’efficacité opérationnelle peut aussi en pâtir (délais, difficultés dans le traitement des demandes), d’où l’intérêt de trouver le bon équilibre.

D’un point de vue fonctionnel, il s’agit d’être en mesure de réaliser plusieurs familles de contrôles typiques pour un tel projet, à savoir :

  • Contrôles sur la qualité des données : complétude et cohérence des données, respect des nomenclatures…
  • Contrôles sur des règles de sécurité IT : comptes orphelins, dormants et administrateurs, permissions temporaires ou rémanentes, comptes IT avec des permissions métier et réciproquement…
  • Contrôles sur des règles métier / conformité : écarts entre la fonction et les permissions, écarts de permissions entre les membres d’une même équipe, infractions aux règles de séparation des tâches, accès en dehors du périmètre de responsabilité…
  • Contrôles sur les usages et le comportement : usages excessifs ou inhabituels, comportements suspects, scénarios de fraude typiques…

Familles de contrôles typiques pour un projet de remédiation des risques liés aux habilitations d’un ERP

Bien s’outiller, c’est aussi prioriser et automatiser les contrôles qui en valent le coup. Le retour sur investissement doit être évalué au regard de la pertinence de chaque contrôle dans le contexte de l’entreprise (le contrôle ne coûte-t-il pas plus cher que l’impact du risque qu’il est censé couvrir ?) et du gain potentiel lié à l’automatisation (combien économise-t-on par rapport à une réalisation manuelle ?).

La volumétrie et la complexité des modèles d’habilitation des ERP imposent le recours à des outils adaptés : il n’est en effet pas étonnant de voir par exemple des systèmes SAP avec plusieurs milliers de rôles et plus d’une centaine de milliers de permissions fines (transactions et objets d’autorisation).

Les besoins se retrouvent à la croisée de plusieurs marchés logiciels particulièrement dynamiques en ce moment et aux frontières assez poreuses : « Gestion des identités et des accès », « Contrôle continu », « Outils de Gouvernance-Risque-Conformité spécialisés sur un ERP donné »… L’approche, la maturité, la couverture fonctionnelle et le mode de delivery (sur site ou cloud/SaaS) peuvent ainsi varier sensiblement d’un produit à l’autre.

Lors du choix de l’outil, il s’agira de considérer attentivement les éléments suivants :

  • L’ergonomie et la facilité d’utilisation – une fois le projet terminé, les utilisateurs de l’outil seront majoritairement « Métier » et peu « IT ».
  • Les possibilités de personnalisation – pour que l’outil vienne véritablement en support de la méthodologie (vocabulaire et écrans, règles et contrôles, tableaux de bord et rapports spécifiques à l’entreprise…).
  • Le référentiel des contrôles déjà préconfigurés pour l’ERP de l’entreprise – généralement basés sur des bonnes pratiques.
  • La capacité à réaliser des contrôles sur d’autres applications et entre applications – dans une logique moyen terme pour l’entreprise.
  • Les fonctionnalités d’aide à l’analyse et à la décision – mise en évidence des anomalies, simulation de changements sur les habilitations, analyses approfondies et suggestions de remédiations…

Bien que les outils soient généralement peu « intrusifs » vis-à-vis des applications, il s’agira tout de même d’automatiser et de fiabiliser le transfert des données depuis l’ERP et les autres référentiels éventuels. Les équipes IT concernées devront donc être sollicitées également.

 

5. S’inscrire dans la durée

Un tel projet n’a de sens que s’il permet de maîtriser efficacement et dans la durée les risques liés aux habilitations. Il s’agit en effet d’éviter que les risques couverts en phase projet ne soient de nouveau présents quelques temps plus tard.

Pour favoriser l’appropriation de la méthodologie et des outils mis en place, il est indispensable d’investir dès le début et tout au long du projet dans la conduite du changement : réunions et lettres d’information régulières, séances de formation et de coaching, documentation et tutoriels… On préfèrera diversifier les canaux et supports d’échange afin de toucher un maximum de personnes sans donner l’impression de les sursolliciter.

Il convient par ailleurs d’aider les futurs responsables des risques liés aux habilitations à inscrire les nouveaux contrôles dans leurs activités récurrentes. On peut ainsi définir à quelles fréquences les contrôles plus ou moins avancés doivent être réalisés, quels sont les objectifs à atteindre ou les seuils de risques à ne pas dépasser. Ces objectifs se doivent d’être réalistes et progressifs : « Visons loin mais jalonnons court. »

Dans une logique de « communauté », il est important de favoriser les échanges entre responsables des différents périmètres afin qu’ils partagent leurs retours d’expérience et leurs bonnes pratiques. Il peut également être intéressant de créer une émulation saine entre les différents périmètres, voire même d’organiser de petits challenges. On veillera néanmoins dans un premier temps à valoriser plus la progression que l’atteinte d’un objectif chiffré donné, les différents périmètres n’ayant probablement pas tous la même situation de départ ni les mêmes moyens.

Enfin, il convient de mettre en place le mode « nominal », garantissant que les risques liés aux habilitations restent sous contrôle une fois le projet terminé. Cela passe notamment par :

  • la nomination d’un référent de la méthodologie et de l’outil de contrôle des habilitations ;
  • la montée en compétence des équipes techniques pour assurer le maintien en condition opérationnelle des outils et assurer l’évolution des rapports et des contrôles lorsque nécessaire ;
  • la documentation et la capitalisation des connaissances acquises durant la phase projet.

La définition d’une feuille de route pour l’extension ultérieure du périmètre est également à envisager, afin de mettre sous contrôle de nouveaux processus, risques, applications, populations…

Inscrire dans la durée la maîtrise des risques liés aux habilitations d’un ERP

 

En conclusion, c’est possible !

Comme nous venons de le voir au travers de ces deux articles, maîtriser les risques liés aux habilitations d’un ERP nécessite de mener plusieurs chantiers importants, de la mise en place de l’outillage à la conduite d’ateliers avec les métiers, en passant par la formation et la conduite du changement.

Mais avec de la méthode et les bons contributeurs IT et Métiers embarqués dans le projet, rien d’impossible ! Des résultats tangibles peuvent être obtenus dans un délai raisonnable et initier une dynamique d’entreprise pour retrouver la maîtrise des habilitations sur l’ensemble du SI. Les facteurs clés de succès présentés ici sont en effet tout à fait applicables à des applications autres que les ERP.